Mon ami Amy, le poète voyageur qui adorait le cinéma…

Amy Bakaloff Courvoisier vient de partout et va partout: de Bulgarie, de France, de Suisse, du Brésil, du Vénézuéla…en Allemagne, au Japon, au Mexique, en Inde… et ailleurs encore et toujours.

Gravure de Ruth Bess -1971

Le 29 juin 1907, à Kyustendil en Bulgarie, naît Amy d’un père bulgare, Georgi Bakaloff, et d’une mère française, Aimée Jaquet Courvoisier. Son père, né en 1873, est un critique littéraire et un historien engagé politiquement.

Georgi Bakalov ( ou Bakaloff )

Georgi Bakaloff est l’un des fondateurs du parti communiste bulgare. Il est le contemporain de Rosa Luxembourg avec laquelle il échange régulièrement en faveur de la propagande du marxisme. Exilé politique, il doit émigrer en URSS puis à Paris entre 1925 et 1932. Son travail d’écrivain le plus connu est la première traduction en bulgare du “Capital” de Karl Marx.

Pendant la période de l’entre-deux guerre, son fils Amy devient donc un étudiant parisien; il se forme en droit, en histoire de l’art et en littérature. Il aime communiquer, a le contact facile et s’oriente vers le journalisme. Son entourage appartient au monde de l’art et de la littérature.

Amy – 1958

Son cercle d’amis proches regroupe des poètes: Paul Eluard, Paul Valéry, André Breton, Georges Hugnet, Jean Cocteau, Robert Desnos…et des peintres, la plupart exilés comme lui: Wifredo Lam, Pablo Picasso, Angel Hurtado, Oswaldo Vigas, Oscar Dominguez, Salvador Dali, Victor Brauner….

Tous tendent vers un “esprit nouveau” , une union du réel et de l’imaginaire qu’on appelle Surréalisme.

Amy le résistant

Nous sommes en 1940, la ville de Paris est occupée par l’armée allemande. Amy entre en résistance sous le pseudonyme de Jean Jaquet.

“Terre ronde” Amy Bakaloff 1940 éditions P. Glouckoff Sofia
Attestation de résistant….( recto )

Cette même année, il publie pour la première fois un recueil de poèmes en langue bulgare: “Terre ronde”. Refusant d’exercer son métier de journaliste à la solde des nazis, il mène plusieurs actions très risquées: la réalisation et la distribution de tracts de propagande anti-allemande, la réception et la cache de postes de T.S.F ainsi que d’explosifs, la mise en liaison avec des groupements patriotiques,

…d’Amy ( verso )

la fabrication de fausses cartes d’identité, la mise à disposition de planques pour les juifs en fuite. En 1943, il entre dans le réseau de résistants “Pavillon noir” dirigé par le lieutenant Guyon et le commandant Ferrel. Il y exerce comme interprète pour aider des évadés alliés russes. Il transmet

des informations politiques et militaires stratégiques comme la position des troupes allemandes sur le front de Normandie, la localisation des entrepôts allemands à faire exploser. Il collabore avec son ami Paul Eluard à la publication semi-clandestine d’un recueil de poèmes en 1942 aux Editions de minuit, “Poésie et Vérité”, lequel s’ouvre avec le fameux poème de résistance ” Liberté”, “..j’écris ton nom”. Cette année 1942, Paul Eluard adhère au parti communiste, indissociable de la lutte contre le facisme. Ce poème, traduit en dix langues, a été parachuté par la Royal Air Force sur les contrées occupées…

Poème “Liberté” de Paul Eluard, illustré par Fernand Léger
billet manuscrit de Paul Eluard pour Amy ( noter inversion date volontaire ou pas… : 1954 au lieu de 1945…)

En 1945, Amy publie, avec l’aide de Paul Eluard, son premier recueil de poèmes en français sous le titre de ” Sombre est noir”, tiré à 232 exemplaires, illustré par une eau forte originale signée et deux dessins de son ami le peintre surréaliste espagnol Oscar Dominguez.

Voici un extrait de ce recueil, aussi sombre que son titre l’indique, car Amy y exprime tout son dégoût de la guerre:

“L’ombre est la nuit Mais la nuit n’est pas l’ombre Le sombre est noir Mais le noir n’est pas sombre

L’horizon est horizon Le ciel est ciel Les oiseaux des oiseaux Et le tunnel est sombre

Le jour n’est pas la nuit Le jour est sombre L’horizon nous sert de tombe Mais il luit

Le tunnel rejette un train L’espoir peut-être”     Amy Bakaloff 1945

Oscar Dominguez – 1945

Il est maintenant nécessaire de faire le lien entre Amy et Ruth Bessoudo, sa future épouse, peut être la personnification de la petite chandelle sur la gravure d’Oscar Dominguez dans la vie d’Amy… Pendant la période de l’entre-deux guerre, Amy et Ruth se sont rencontrés, en Allemagne et à Paris, suite à un échange bilatéral via un groupe franco-allemand dans le cadre de la tentative de réconciliation franco-allemande suite à la Première Guerre Mondiale.

Ruth et Amy

Amy, critique de cinéma au Venezuela

Marqué et démoralisé par la guerre, Amy veut changer d’ambiance et quitter l’Europe déchirée et meurtrie. Il rêve de partir pour le Brésil, mais décide en 1947 sur un coup de tête d’émigrer à Caracas avec Ruth sur les conseils de son ami poète, vénézuélien, Angel Corao. Grâce à son réseau d’amis et connaissances, il y trouve un travail: rédiger des chroniques sur l’actualité du cinéma dans des quotidiens ou des revues.

Revue Venezuela Cine n°1

Bien implanté dans le milieu des réalisateurs, des producteurs et des critiques d’art, Amy contribue en 1951 à la création d’une revue bimensuelle dédiée au cinéma: “Venezuela Cine”, pour laquelle Ruth assure la création graphique. Sous son impulsion, le premier ciné-club d’art et d’essai voit le jour dans des salles de cinéma ou de théâtre de Caracas. En collaboration avec le critique d’art et réalisateur français Gaston Diehl, alors nommé professeur détaché par le ministère des Affaires Etrangères au Venezuela, Amy participe à la création du premier Festival du Film au Venezuela. Enfin, en 1955, Amy est engagé par la société Unifrance qui promeut le cinéma français à l’étranger; il devient correspondant délégué d’Unifrance – Film pour l’Amérique latine.

Jean Louis Trintignant
Vittorio de Sica et Ruth

Pendant 10 années, Caracas sera donc le nouveau lieu de résidence d’Amy et Ruth. Ce “port d’attache” est souvent quitté pour de nombreuses escales à travers le monde, au gré des festivals de cinéma. Amy et Ruth, laquelle est devenue attachée de presse, voyagent en avion vers Venise, vers Berlin, vers Cannes tout particulièrement pour y rencontrer des acteurs, des réalisateurs, des producteurs, tous ceux qui font l’actualité du cinéma de l’époque.

Le monde des artistes peintres, des gens de plume se mêle au monde des vedettes du cinéma lors de ces évènements internationaux que sont par exemple le festival de Cannes ou celui de Berlin. Une rencontre en amène une autre, Amy a le don de nouer des amitiés facilement, il est ouvert, curieux, et doué d’une ouverture d’esprit et d’un charme naturel qui lui attire toutes les sympathies.

Brigitte Bardot et Amy

Son épouse Ruth est plus discrète, plus effacée, mais elle suit Amy partout et profite de ses nombreuses relations pour obtenir des interwiews et faire des photos pour alimenter la revue vénézuélienne ” Venezuela Cine”.

Carte de presse Ruth Bessoudo festival de Cannes 1956

Pendant ces dix années à Caracas, un lien particulier s’installe entre le réalisateur Luis Bunuel et Amy Courvoisier. A partir de 1946, Luis Bunuel s’est installé à Mexico. Il a été obligé de quitter l’Espagne pour son soutien à la cause républicaine et ensuite les Etats-Unis, où il avait migré dans un premier temps, à cause de ses sympathies communistes. C’est pour le réalisateur une période de renaissance artistique, notamment en 1951 avec le succès de son film “Los Olvidados” ( “Les Oubliés”) sur les enfants perdus des bidonvilles de Mexico. Ce film reçoit le prix de la mise en scène au festival de Cannes de 1951. Luis et Amy se rencontrent régulièrement dans la maison du réalisateur à Mexico.

Amy et Luis Bunuel, déjeuner à Mexico – années 50

Des discussions sans fin s’engagent entre les deux passionnés: sur l’expression cinématographique, sur le Surréalisme, la littérature, la musique, la politique…Jusqu’à la mort de Luis Bunuel en 1983, Amy, où qu’il soit, fera tout pour le rencontrer au moins une fois par an.

Le travail d’Amy pour Unifrance l’amène à choisir un nouveau port d’attache en Amérique du Sud: ce sera Rio de Janeiro au Brésil…

Témoignage d’amitié de Luis Bunuel pour Amy

…ce pays qu’il rêvait de connaitre et où il va rester pendant une vingtaine d’années toujours comme délégué Unifrance pour l’Amérique latine.

Amy, le “Carioca”

Eternel voyageur, Amy continue à s’absenter régulièrement à travers le monde pour raisons professionnelles ou privées.

Vinicius de Moraes avec Ruth et Amy

Pendant ses séjours à Rio de Janeiro, son épouse Ruth et lui reçoivent des amis artistes du monde entier mais aussi des brésiliens: l’écrivain Jorge Amado, le compositeur Vinicius de Moraes, le peintre Carlos Scliar et le graveur Roberto de la Monica…entre autres.

Ruth au travail à l’atelier de gravure


Pendant ce temps, Ruth s’est inscrite à l’atelier de gravure du musée d’art moderne de Rio où elle apprend et se perfectionne dans la technique de la gravure en taille douce et y côtoie de nombreux autres artistes graveurs brésiliens.

Amy, dans son recueil de poèmes ” Jacaré solitaire”, publié en 1979, nous raconte comment l’écrivain Jorge Amado a poussé Ruth sur le chemin de la gravure, domaine dans lequel elle pouvait exprimer son goût pour la nature. Il nous dit aussi la solitude et les joies de Ruth à concrétiser sur les plaques de cuivre ses visions oniriques de ces animaux d’Amazonie qui la fascinent. Amy y exprime sa connivence et son admiration pour Ruth, même si leurs deux caractères sont si différents.

Recueil poésie “Jacaré solitaire” Amy Courvoisier -1979-

“Le coupable des feuilles des jacarés des insectes

Qui l’aurait cru est Jorge Amado

Le prochain ou futur prix Nobel

Qui a dit à Bess Abandonne le reste

Le cuivre est ton destin Roberto de la Monica

Est mon ami et il sera ton guide…” Extrait de “Jacaré solitaire”

Voyages, rencontres et surtout écriture vont occuper cette période brésilienne. Entre 1960 et 1978, Amy publie 8 autres ouvrages, en plus de “Jacaré solitaire”:

“Dialogando por el mundo, de Chaplin à Hemingway” aux éditions EDIME, collection Cantaclaro, Madrid 1960:

cet ouvrage regroupe la retranscription des discussions qu’Amy a eu avec des artistes célèbres comme Jean Cocteau, Françoise Sagan, Roberto Rossellini, Serge Lifar, Ernest Hemingway…et bien d’autres.

Partie de pétanque dans le sud de la France, années 50: Yves Montand et Serge Reggiani
Ernest Hemingway et Amy en 1954

“Cinema 7° cielo hoy y ayer”, éditions EDIME, collection Cantaclaro, Madrid 1961:

Cet ouvrage est un hommage au cinéma vu à travers quelques acteurs mythiques comme Louise Brooks, Greta Garbo, Giulietta Masina, Charlie Chaplin…

“Je ne parle pas javanais”, éditions Saint Germain des Prés, collection miroir oblique, Paris 1971:

Amy y livre ses aventures autobiographiques en poèmes. Ce recueil, tiré à 40 exemplaires sur vélin d’Arches, est illustré par 2 gravures signées dans la marge de Ruth Bess.

“Quelques tableaux de ma chambre racontent” éditions Saint Germain des Prés, Paris 1973:

Les tableaux, offerts par ses amis artistes, qu’Amy contemplent chaque jour dans sa chambre, lui inspirent des poèmes. A ce propos, voici “la petite histoire” à l’origine du poème illustrant un pastel du peintre cubain Wifredo Lam

Ruth, Amy, le peintre Wifredo Lam et “la poétesse hystérique”- 1957
  • “L’espace est désespérément triangulaire
  • Le cercle a trois quatre cinq dimensions
  • Les lignes atmosphériques s’effritent
  • Les lignes octogonales circulent
  • La ligne de l’axe s’embrouille
  • J’aime la confusion géométrique
  • J’aime tout ce qui est sur sur
  • Sur-le-champ surprenant
  • Sauf la réalité qui s’assied
  • Sur qui sur quoi sur sur
  • Surréaliste
  • Nous étions quatre
  • Volant vers le Paradis Perdu
  • Conan Doyle avait raison
  • Wilfredo poursuivi
  • Par une poétesse hystérique
  • Et moi bourgeoisement accompagné
  • Par ma femme légitime
Wifredo Lam pastel 1957

Le pastel que Wifredo Lam a offert à Amy en 1957, ci-dessus, est illustré par ce poème d’Amy ci-dessus.Il s’agit d’un joyeux souvenir d’une escapade dans le splendide parc naturel de Canaïma au Vénézuela. Wifredo Lam, guidé par Amy et Ruth, découvre la jungle, les montagnes tabulaires, les lacs et les chutes d’eau spectaculaires dans une contrée sauvage peuplée par quelques indigènes qui leur racontent les légendes locales.

“Terre fumée Patagonie” éditions Saint Germain des Prés, Paris 1974: recueil de poèmes.

“La flute de cet indien Cochabamba” éditions Saint Germain des Prés, Paris 1976.

-“La poésie aujourd’hui, anthologie” éditions Saint Germain des Prés 1975: collectif de poèmes.

-“Vagabondages, adolescence, n°1” éditions Atelier Marcel Jullian 1978: revue de poésie, collectif.

Le 2 mars 1978, Amy Courvoisier est nommé chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.

A l’âge de 73 ans, Amy prend sa retraite et quitte son poste à Unifrance.

Souffrant, il décide de retourner vers Paris pour s’y faire soigner. Il décède à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière le 11 avril 1984.

Pour cerner la belle personnalité d’Amy, voici un florilège d’articles de presse et de lettres provenant de son entourage ou écrit par lui-même. Quelques témoignages sincères de son vivant et en son hommage après sa mort….

article d’Amy sur Luis Bunuel dans Elite 1983
Article d’Afonso Molina sur Amy dans El Nacional 1984

Article Arnaldo Araujo dans “leitura dinamica” -1973
Lettre de Condoléances d’Alain Boismery à Ruth -1985
article sur Amy dans le Film Français 1980

Et pour terminer, ce petit mot écrit pour Amy par un ami (que je n’ai pu identifier d’après sa signature…si jamais un de mes lecteurs ou lectrices le reconnait…) et qui nous ramène au titre de mon article : Le poète Voyageur

Comment la mode de “l’Orientalisme” a fait la fortune du père de Ruth….

Nous sommes en 1891, Haim Isaac Bessoudo est alors un garçon de 12 ans vivant à Istanbul dans une famille juive séfarade aisée d’origine espagnole, bien implantée dans la société ottomane, son père est banquier.

1891 est aussi l’année de la première exposition importante consacrée aux tapis d’Orient à Vienne. Le goût des européens pour tout ce qui vient du Levant, “l’Orientalisme”, se manifeste dès le début du XIX ème siècle, que ce soit sous la forme littéraire ou picturale.

Femmes d’Alger dans leur appartement- Eugène Delacroix 1834

Certains tableaux de la Renaissance, notamment des peintres vénitiens, offrent des représentations de tapis d’Orient dès le XV ème et le XVI ème siècle car, à cette période, les commerçants de Venise échangent des produits précieux avec l’Empire Byzantin par voie maritime.

“Saint Antoine faisant l’aumône” Lorenzo Lotto- 1542 

Les historiens d’art voyagent vers l’Orient pour parfaire leurs connaissances et publient des articles et des livres sur ce sujet, ils ramènent des tapis, puis les collectionneurs et les simples voyageurs curieux, s’y rendent à leur tour. Dans le dernier tiers du XIX ème siècle, les plus beaux spécimens et collections seront déplacés dans des musées comme celui des Arts Décoratifs de Berlin.

Les tapis d’Orient font alors partie des collections princières en Europe. Ils décorent aussi les salons des bâtiments administratifs comme les ambassades et consulats, ils ornent les appartements des bourgeois aisés voulant se distinguer par un intérieur exotique.

Le salon de la Princesse Mathilde Bonaparte – 1867

En matière de décoration, le tapis oriental se pose à terre, mais peut aussi servir à recouvrir des divans, des tables, ou des coffres.

Le divan de Sigmund Freud (1856-1939)

Tous les amateurs de tapis sont curieux des techniques de tissage, des provenances multiples et des innombrables motifs. Certains tentent de perfectionner les métiers à tisser européens pour reproduire ces magnifiques tapis mais aucun ne parvient à égaler le travail des habiles artisans orientaux ( les arméniens sont les plus doués pour ce travail): les nombreuses contraintes techniques liées aux principes de nouage sophistiqués, le secret des teintures naturelles, les qualités des différents fils et les différents motifs à base mathématique et géométrique ne sont pas facile à reproduire.

Le succès des tapis orientaux vient de cette nouveauté qu’ils ne racontent pas d’histoire, pas de scènes figuratives, pas de perspectives ; ils sont purement décoratifs, au contraire de la production des tentures, tapis et tapisseries européennes comme dans les manufactures de Beauvais, d’Aubusson ou de La Savonnerie par exemple.

Publicité magasin Haim Bessoudo – Hambourg 1910

Nous retrouvons donc Haim Isaac Bessoudo, le père de Ruth, au début du XX ème siècle, faisant de l’import-export de marchandises d’Orient et plus spécialement de tapis, à Hambourg. Cette ville portuaire, qu’on appelle la ville hanséatique car appartenant à la Ligue des Marchands de la Hanse ( du vieil allemand “Hansa” qui signifie “corporation”) en Europe du Nord depuis le moyen âge, possède alors un gigantesque quartier d’entrepôts en zone franche appelé “Speicherstadt”. Il a été progressivement construit sur plusieurs canaux entre 1885 et 1927.

Ces entrepôts regorgent de marchandises diverses amenées par des bateaux à vapeur. Des compagnies maritimes relient Hambourg et d’autres grands ports du nord de l’Europe à plusieurs grandes villes du bassin méditerranéen jusqu’au détroit du Bosphore à Istanbul.

La compagnie la plus importante à l’époque s’appelle la “Deutsche Levante Linie”, elle est crée en 1889. Ses gros bateaux à vapeur transportent des passagers et du fret commes des tissus, du bois, des tapis, des épices, du cuir, du papier, du tabac, des céramiques…Ces marchandises alimentent les boutiques de la ville de Hambourg et de ses environs.

Parmi ces magasins figure celui à la belle devanture du père de Ruth, au centre ville de Hambourg. Cette entreprise d’import-export a été fondée en 1894 par des membres de sa famille. Haim Isaac Bessoudo les a rejoint d’Istanbul à Hambourg pour travailler avec eux; peut-être, à cette occasion a t-il voyagé sur l’un des bateaux de la Deutsche Levante Linie…

Devanture du magasin d’import-export tapis d’Orient de la famille Bessoudo à Hambourg    -début du XX ème siècle-

Voici une petite anecdote qui illustre bien l’attrait des européens pour les magnifiques tapis d’orient: en 1917, le sultan ottoman Mehmed V se voit remettre en décoration la Croix Hanséatique par le sénateur de Hambourg Max Predöhl en reconnaissance et mérite pour l’appui de l’Empire Ottoman aux côtés de l’Allemagne pendant la Première Guerre Mondiale.En 1918, en remerciement, le sultan offre au sénat de Hambourg un très beau et très précieux tapis en soie de la célèbre manufacture ottomane de Hereke.

Guillaume II de Prusse, Mehmed V sultan ottoman, François Joseph d’Autriche               1914-1915

Ce tapis a aujourd’hui malheureusement disparu. On pense qu’il a été détruit pendant les bombardements de la terrible “opération Gomorrhe” de 1943 qui a détruit une grande partie de la ville de Hambourg.

tapis Hereke ancien

L’entreprise d’import-export d’Haim Isaac Bessoudo sera florissante jusque dans les années 1930. L’avènement d’Hitler comme chancelier et la persécution des juifs provoquera sa chute… et sa fuite au Maroc.

Les entrepôts de Speicherstadt à Hambourg