Un aller retour express de Ruth Bess au Mandchoukouo

Si l’on dit Mandchourie, en français, cette ancienne province prise aux chinois en 1932 par les japonais jusqu’en 1945 et devenue état indépendant éphémère vous rappelle certainement quelque chose….

Mais quel est donc le rapport entre Ruth Bess et le Mandchoukouo? Fin 1935, Ruth s’inscrit à l’école de graphisme publicitaire de Paul Colin à Paris. Dès le début de l’année 1936, un concours d’affiches touristiques est organisé par le Comité Franco-Japonais. Il est sponsorisé par la compagnie des chemins de fer du sud de l’état indépendant du Mandchoukouo.

Les élèves de Paul Colin et d’autres écoles, ainsi que des concurrents indépendants français ou étrangers ont 6 semaines pour réaliser une affiche publicitaire percutante sur le thème “visitez le Mandchoukouo” avec les consignes suivantes: Montrer les qualités de ce pays nouveau et inciter les gens à venir le visiter en mettant en avant la modernité de son chemin de fer.

Comment illustrer et mettre en avant un pays si lointain, dont les concurrents ne savent rien? le Comité Franco-Japonais prend l’initiative de transposer le Mandchoukouo à Paris: en plus du règlement du concours, il imprime des notices décrivant le pays et sa compagnie de chemin de fer, organise une expo de photographies dans ses locaux et y diffuse un film sonore vantant les mérites de cette exotique contrée. Malgré le court délai, le concours est un succès car 412 maquettes parviennent au jury composé des graphistes publicitaires Paul Colin, Charles Loupot et Mounet Satomi.

Les participants au concours, en sus de la renommée attendue, sont motivés par les prix attribués: 10 000 francs au lauréat, 3000 au second et 1000 au troisième ( ce qui représente respectivement environ 4000, 1200 et 400 euros de nos jours).

Ruth années 30

Je n’ai malheureusement jamais retrouvé, parmi les affaires personnelles de Ruth, sa maquette du concours pour le Mandchoukouo… A cette époque, à 22 ans, elle commençait tout juste à faire ses armes dans le dessin publicitaire. Néanmoins, son oeuvre fut remarquée par le jury puisqu’elle obtint une mention de deuxième catégorie dotée de 100 francs ( 40 euros actuels) tout comme Louis Toffoli, jeune émigré italien en France, devenu un célèbre peintre et lithographe.

Les trois principaux gagnants du concours eurent des destins contrastés dans le métier d’affichistes. Melle Ménou Kénardel, élève de Paul Colin, 1er prix, se distingua dans l’illustration de contes pour enfants avant de disparaître rapidement de la scène artistique. Messieurs Edgar Derouet et Georges Grillères obtinrent à égalité le 2ème prix. Edgar Derouet reste très connu pour ses affiches consacrées au cinéma et sa série réalisée pour la Loterie Nationale. Georges Grillères fut le fidèle collaborateur d’Edgar Derouet mais n’en retira pas le même succès. Le troisième prix fut attribué à Théo Doro de son vrai nom Théodore Pfeifer qui connu une vraie carrière d’affichiste publicitaire, notamment une célèbre série d’affiches pour la société des Chemins de Fer de l’Est.

La “réclame” pour le Mandchoukouo et son chemin de fer a battu son plein dans les années 30, le “japonisme” était encore de mise en Europe pendant cette période de l’art déco. Voici quelques exemples d’affiches et documents qui mettent en avant les attraits d’un voyage exceptionnel dans ce pays si lointain:

Source de l’article: Gallica BNF – Bulletin mensuel d’information Comité France-Japon n° 16 de mars-avril 1936

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